En 1997, Jocelyne Saab réalise La Dame de Saïgon, un documentaire diffusé sur France 2 en juillet 1997, qui répond à une commande consacrée au Vietnam contemporain. Présenté la même année aux États généraux du film documentaire de Lussas, le film reçoit ensuite le Prix du meilleur documentaire français, décerné par le Comité de l’audiovisuel du Sénat, puis le Laurier du Club de l’Audiovisuel (Paris) en 1998.
Dans sa note d’intention, Jocelyne Saab explique que son projet initial consistait à filmer le Vietnam, pays dont l’histoire avait profondément marqué sa génération. Mais le tournage prend une autre direction lorsqu’elle rencontre le Docteur Nguyễn Thị Bình Hòa : « Ce n’est plus le Vietnam qui m’intéresse, mais cette femme et son histoire dans l’Histoire ». Ce changement de point de vue devient le principe du film : plutôt que de proposer un récit général sur le pays, La Dame de Saïgon appréhende l’histoire à travers une trajectoire singulière.


Ancienne résistante, médecin et personnalité reconnue au Vietnam, le Docteur Hoa a dédié sa vie à la lutte pour l’indépendance de son pays avant de poursuivre son engagement dans la santé et la culture. Le documentaire retrace son parcours à travers ses souvenirs, son activité quotidienne et les lieux qui ont marqué son existence. Jocelyne Saab y construit moins une biographie qu’un portrait où l’expérience individuelle permet d’éclairer les transformations politiques et sociales du pays.
La note d’intention révèle également l’importance accordée à la dimension intime du récit. Jocelyne Saab s’intéresse à la relation entre Hoa et son mari Nghi, à leurs années de séparation pendant la guerre, à la perte de leur enfant et à la manière dont ces épreuves jalonnent leur engagement. Jocelyne Saab renouvelle ainsi l’écriture du portrait documentaire en faisant dialoguer l’histoire politique et les récits intimes.



À travers le parcours du Docteur Hoa, La Dame de Saïgon ne revient pas sur les grandes étapes de la guerre du Vietnam ; le documentaire s’attache plutôt à ce qu’il en reste dans une vie, les engagements et les souvenirs qu’elle porte. Jocelyne Saab substitue au récit historique une mémoire incarnée, construite à partir des paroles, des gestes et des expériences de son personnage principal. Cette attention portée aux parcours individuels caractérise plusieurs de ses films à partir des années 1980, où le témoignage devient une manière de transmettre l’histoire sans en figer le sens.
Jocelyne Saab retrouve aussi dans ce film l’un des grands engagements qui traversent son cinéma : celui en faveur des mouvements de libération et de celles et ceux qui les portent. Mais, près de vingt ans après ses premiers documentaires consacrés au Liban, à la Palestine, à l’Egypte, à l’Iran ou au Sahara occidental, son regard se déplace. Elle choisit le portrait comme moyen de saisir l’histoire, mais aussi comme moyen d’approcher les expériences féminines qui jalonnent cette histoire.



